Extraits d'un article rare du fondateur de la sophrologie lors de son intervention au Collège Officiel des Médecins de Barcelone, le 12 décembre 2009. Dans cette conférence, le Dr. Caycedo relate sa propre histoire en tant que fondateur de la Sophrologie dans le Département de Psychiatrie de l’Hôpital Provincial de Madrid.
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Pourquoi ai-je créé la Sophrologie?
(...) Lorsque je suis entré comme élève interne à l'Hôpital Provincial,(...) selon la tradition en ce qui concerne les internes, je me suis vu obligé de m’occuper des tâches les moins agréables à l'hôpital, les moins gratifiantes : les électrochocs et les comas insuliniques. (...)
C’était l'époque de l’après-guerre en Espagne; les électrochocs étaient très pénibles et je devais en faire tous les jours; j’aidais aussi à provoquer les comas insuliniques. En tant que jeune médecin récemment diplômé, je m’interrogeais sur le fondement de tout cela dans le traitement des malades mentaux. (...)
Pourquoi la thérapie cherchait-elle à mobiliser la conscience ?
(...) Pourquoi agissions-nous toujours sur la conscience ?
Pourquoi la conscience devait-elle être secouée pour obtenir la guérison? Mais enfin, qu’est-ce que la conscience?
La réponse était très simple. La conscience est à la base de l'existence humaine.
Je devais donc étudier ce qu'est la conscience. Il y a une conscience philosophique et une conscience religieuse, mais c’est la conscience vitale qui devient malade.
Qu'est-ce que la conscience ?
(...) Durant mes sept années d’études de médecine à Madrid, on n'a pas consacré une seule heure à l'étude de la conscience ; par contre, deux ans étaient occupés à l’étude de l’anatomie à raison de deux heures par jour ; et pour ce faire, nous travaillions sur des cadavres. (...)
Je me suis alors dit que la seule chose à faire était que nous, jeunes médecins, nous devions créer une Ecole qui puisse offrir l’étude de la conscience comme spécialité de la Médecine.
J'ai alors cherché à nommer cette science et j’eus recours aux racines grecques pour ce faire ; il me sembla que le nom SOPHROLOGIE était adéquat, agréable à entendre et qu’il réunissait les conditions recherchées: Sos, Phren, Logos. SOPHROLOGIE. C'était un terme opposé à la schizophrénie : schi rupture ; sos, harmonie, phren esprit. Schizophrénie. Si la maladie la plus grave en psychiatrie est la rupture de la conscience, pourquoi n’allions-nous pas créer une sophrologie, une sophrénie? (...)
Avec la création à Madrid d’un nouveau département dont l’objet était de faire des recherches sur la conscience, nous nous vîmes obligés d’examiner tous les procédés susceptibles d’agir sur la conscience.
A cette époque, en médecine et pas seulement dans ce domaine, l'hypnose était en vogue. Il fallait donc étudier l'hypnose. Pour me former, je voulais remonter aux sources. Je suis allé voir le Professeur Cuvelier, de l'École de Nancy (...). A ses côtés, j’appris les techniques de l'hypnose. Je suis rentré dans mon service à Madrid et là, nous avons commencé à pratiquer l'hypnose.
(...) C’est pour cette raison que (...) certaines personnes (...), pensent encore que la Sophrologie est une déviation de l’hypnose.(...)
Constatant mon intérêt pour ce sujet, le Professeur López Ibor m'a fait la proposition suivante :
- « Pourquoi n’allez-vous pas en Suisse travailler avec Binswanger, qui est un des créateurs de la Psychiatrie Phénoménologique et Existentielle ? Vous verrez le concept de conscience tous les jours dans sa clinique ». Puis il a ajouté :
- « Nous sommes de bons amis. Je vais lui écrire et je lui expliquerai votre intérêt pour le sujet. Et si vous le voulez, je lui proposerai de vous prendre comme médecin psychiatre stagiaire, afin que vous puissiez faire un séjour dans sa clinique de Kreuzlingen ». (...)
C’est ainsi que, grâce au Professeur
López Ibor, j’ai pris contact avec la phénoménologie. (...)
Le Maître m'a accepté dans une sorte de dasein analyse de la phénoménologie. J’ai pu faire un stage didactique avec lui, sur l'analyse existentielle qu'il avait créée. C’est alors que mon thème principal a vu le jour.
(...) Il me dit alors: - « On ne peut pas, de nos jours, connaître la conscience malade sur laquelle nous travaillons à l'hôpital ».
C’était déjà un très grand pas que de se rendre compte de la richesse de la conscience ; nous n'avions pas besoin d'électrochocs ou de comas insuliniques; nous la voyions dans le contact humain. C’était la présence, LA PRESENCE.
- « Ce que vous avez vu jusqu’à présent ne vous suffit pas ; vous avez besoin de voir autre chose que la seule conscience malade, car celle-ci ne peut pas être décrite en tant que conscience. Il en est de même pour ce que vous avez vu dans les traitements par l’hypnose ».
Comment était-il possible d’approcher le monde oriental, sans le connaître et sans aimer l’Orient ?
- « Je ne suis pas orientaliste ».
- « Vous devez vous y rendre et, comme phénoménologue, vous devez rendre visite à ces orientaux, me dit-il ; parce qu'eux, ils savent. Ils connaissent la conscience mieux que nous, les psychiatres d'Occident. Ils connaissent la conscience pure, la conscience mystique. Ce sont des mystiques de la conscience. Vous rendez-vous compte ? Si j'avais votre âge, j’irais sans hésiter.
- « Si vous voulez faire des recherches sur la conscience, c’est là-bas que la moitié de l’humanité pratique des techniques, en ce moment-même et ceci, depuis des milliers d'années. Vous n'avez pas besoin d'électroencéphalogramme. Parlez avec eux. Vivez avec eux ».
(...)
Nous avons alors décidé de partir pour l’Inde. Au départ, nous avions projeté de faire un voyage de six mois, qui semblait suffisant, mais ce voyage dura deux ans. (...)
C’est la raison pour laquelle le livre que j'ai publié en Inde, est le résultat de l'effort fait au cours de mes nombreux voyages à travers toute l'Inde qui me permirent de découvrir les différentes sortes de yoga.
À la fin de mon séjour, j’ai publié mon livre « L’Inde des Yogis ». Je publie actuellement quelques articles en rapport avec les Tibétains, car je les ai aussi rencontrés. J’ai également connu les Japonais, dont les méthodes sont différentes.
(...)
Au bout de deux ans, j'ai publié mes livres « India of Yogis » et « Letters of Silence » (les lettres du Silence). (...) Je tenais à ce qu'ils soient publiés en Inde parce qu'il s’agissait de dialogues avec les Maîtres de la plupart des différentes catégories de yoga. Je voulais que les grands Maîtres puissent lire ces dialogues dans leur langue.
Le Dalaï-lama m'a présenté son médecin à Dharamsala, dans l’Himalaya. (...) ils m’ont ouvert leur porte et m’ont enseigné leurs techniques jusqu’à la limite autorisée, c'est-à-dire sans révéler certains secrets. Ils ont été honnêtes avec moi.
Dans ce contexte, tenant compte du fait que je devais continuer mes recherches qui n’avaient fait que commencer, je n’avais d’autre alternative que de revenir en Europe.(...)
Je vous raconte tout cela un peu à titre anecdotique. Mais la question était pour moi la suivante : Que se cache-t-il derrière le yoga ? Quelle est l’essence du yoga ? Pourquoi ces changements dans certaines techniques, pourquoi certaines percussions ? Le yoga commençait à se révéler à moi comme une conquête du corps, une conquête obsessive du corps.
Je suis persuadé qu'il n’existe aucune fonction corporelle, physiologique, ou psychique, qui n’ait été utilisée par une des différentes catégories de yoga. Toutes ces catégories sont différentes ; il en est de même en ce qui concerne la façon de pratiquer le yoga. Il s'agissait de percuter le corps…
(...) J’ai lu beaucoup de livres de Husserl. Mon Maître Binswanger m'a initié à l'art de l'épochè avec les malades mentaux, mais je ne possédais aucune technique; le corps n'existait pas; Tout comme en psychanalyse, qui ne parle pas du corps; il n’y avait pas de techniques et il n’y en a toujours pas; il y a peut-être une certaine gymnastique plus ou moins bien faite. Mais cela n'est pas une prise de conscience de la corporalité.
Les Orientaux possédaient le secret de la prise de conscience, à différents niveaux.
Je me suis rendu compte qu’il y avait une technique reine, la plus importante qui est reconnue par tous les yogis ; ils l’appellent le Raja Yoga, le Roi des Yogas. C’est le yoga le plus important car c'est une espèce de fusion de plusieurs yogas, toujours pratiqué sous la direction des Maîtres.
J’ai par conséquent dû me rendre en Himalaya pour apprendre cette technique; dès que possible, j’ai engagé des relations d’amitié avec les plus grands maîtres des Ashrams qui sont des centres de yoga. J'ai eu la chance de devenir l’ami d’un des plus importants swami, le Swami Chidananda qui m'a ouvert les portes dans toute l'Inde. Il m'a parlé de ces yogis ; il m'a informé du fait qu'il n'existait pas de livre sur ce sujet en Inde. (...)
Le Roi des Yogas possède une série de codes très puissants ; c’est la raison pour laquelle, comme vous le savez, il y eut de graves problèmes politiques en Inde. (...)
Des changements importants ont alors permis que le bouddhisme, qui est né en Inde, se répande dans tout l’Orient : Il élimine les lois indiennes de tout genre, les divinités indiennes, l'organisation politique indienne, tout est remis en question. Les bouddhistes créent un nouveau système. Tout est détruit, mais la seule chose qu’ils conservent, c’est la technique Dhyana ; cette technique est pratiquée dans le bouddhisme tibétain et dans le bouddhisme en général. Ensuite, au Japon, ils vont créer le Zen Japonais, qui est le yoga des hindous ; et là aussi on retrouve la technique Dhyana.
La technique Dhyanaest la plus importante des techniques et des méthodes orientales en général ; mais, dans la technique Dhyana, il est nécessaire de franchir la porte de l’hyper conscience, d’avoir la clé qui l'ouvre. La porte pour dépasser cette conscience ordinaire et pénétrer dans la conscience mystique, dans la super conscience dont ils ont besoin pour être sauvés et rejoindre leur divinité, est appelée CONTEMPLATION. Sans elle, il n'y a pas de grande catégorie de yoga ou de technique orientale, qu’elle vienne de l'Inde, du Tibet ou du Japon. A mon arrivée au Japon, je rencontrai un autre yoga. Les monastères japonais où l’on pratique le zen étaient différents ; cependant, on y chantait les mêmes Mantras que les hindous, et l’on pratiquait la contemplation qui, au fond, est la base; c’est la clé du processus.
Contempler. Une contemplation spéciale. Il ne s'agit pas d'une contemplation mystique comme celle des occidentaux. Il s'agit d'une contemplation passive, une contemplation de la constatation d'une présence. Le reste de la conscience est réduit ; la personne contemple et évite tout genre d'associations. (...)
Ce qui a également attiré mon attention en Himalaya, c’est l'emploi du son. L'emploi du son comme percussion corporelle (...)
Certains pratiquaient physiquement le son, d'autres activaient la perception du son, ce qu’ils appellent le son OMKAR. Ils prenaient le son, système par système, dans les différentes parties du corps, d’une certaine façon ; la manière dont ils percutaient et la façon dont ils percevaient ensuite la stimulation, la récupération de cette stimulation, était impressionnante.
Après avoir stimulé le corps, des millions de mécanismes autorégulateurs se produisent et nous les dédaignons en Occident. Dans le sport, il ne faut pas être fatigué et ne pas faire ceci ou cela. Non, ce n’est pas comme cela : Les orientaux provoquent une certaine fatigue ; puis ils arrêtent et profitent de la pluie de sentiments de récupération, de sensations vitales. C'est ainsi que la vie de l'homme s’équilibre.
De tout l'arsenal d'informations que j'ai accumulé, je ne vous parle que des choses les plus importantes, celles que vous pratiquez, en particulier les élèves du Master. A partir du deuxième cycle, nous commençons à utiliser le son, ce que j'appelle le MOI SONORE.
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